Le luxe : périmètre, enjeux et panorama franc-comtois

Les enjeux de la filière

Le maintien d'une croissance durable tout en garantissant l’exclusivité

Face à l’internationalisation de son marché et donc face à une nouvelle clientèle, le luxe est confronté à un paradoxe : comment développer la production alors que l'une des caractéristiques est la rareté.

Le luxe français, témoin d’un art de vivre plusieurs fois centenaire mais aussi fait d’innovations permanentes, est au cœur de cette problématique.

Fortes de résultats très positifs à l’exportation, les marques françaises rassemblées pour certaines au sein de groupes de taille internationale, disposent d’atouts leur permettant de résoudre ce paradoxe. Cependant, les nombreuses petites et moyennes entreprises qui composent la filière sont confrontées à ce même défi mais ne bénéficient pas des mêmes moyens pour le relever.

L'entreprenariat à pérenniser

Aux côtés des groupes de taille mondiale, de nombreuses petites entreprises, disséminées sur le territoire national, assurent une production de choix et reflètent l'image d’une forte tradition.

Constituant un réseau de qualité, leur situation est néanmoins préoccupante car leur devenir dépend beaucoup de la pérennité de la filière du luxe française et de leur capacité d'adaptation.

En effet, ces entreprises doivent adapter leur production aux permanentes innovations tout en procédant selon des techniques traditionnelles et sont garantes de la perfection de l'objet réalisé.

La transposition de l'innovation dans les autres industries

Le secteur du luxe, sans doute parce qu'il est très diversifié, n'est pas organisé en filière homogène et peine à défendre une position unique et forte en matière de politique industrielle.

Pourtant, l’industrie du luxe est particulièrement bien placée pour contribuer notamment à la croissance dite "intelligente" (cf. stratégie Europe 2020) c’est-à-dire nourrie essentiellement par la recherche, l’innovation et l’entrepreneuriat ce qui représente un réel atout pour l’Europe.

Les entreprises consacrent d'importantes dépenses en recherche et développement, en moyens humains (personnes diplômées) et utilisent beaucoup les nouvelles technologies.

Une multitude d'innovations générées dans le luxe sont adaptées, transposées dans d'autres industries ce qui est profitable hormis lorsque ces innovations servent à la contrefaçon. La copie et l'imitation sont un véritable fléau pour les entreprises du luxe qui protègent, non seulement les marques, les dessins et les modèles mais aussi les inventions techniques.

Le maintien du 'bien commun' industriel

Les savoirs et savoir-faire traditionnels et de haute technologie, fortement encastrés dans des tissus industriels locaux, sont à la base de l'innovation et de la compétitivité du secteur.

Difficilement copiables et transférables, ces réseaux contribuent à conserver le "bien commun industriel" au niveau européen.

Le modèle économique du luxe va aussi dans ce sens. Basé sur l'innovation et la qualité et non sur la recherche de minimisation des coûts, il privilégie l'excellence des fournisseurs et le développement de relations de confiance et de proximité plutôt qu'une pure stratégie de réduction des coûts par la délocalisation.

La combinaison de différentes logiques de travail

Les entreprises du luxe doivent gérer parallèlement des professionnels autonomes issus de milieux très différents : artistes, scientifiques, artisans et créer des modèles de travail collaboratif pour que les contributions de chacun se combinent et se concrétisent dans l'innovation.
L'industrie du luxe constitue ainsi un laboratoire qui expérimente de nouvelles formes d'emploi et de management des ressources humaines.

La conservation de certains métiers d'art

Certains métiers rares, dépositaires de savoir-faire précieux, sont menacés car ils dépendent de marchés souvent très restreints. Or la fragilisation ou le déclin de ces métiers engendre un risque pour l'ensemble de l'industrie.

L'industrie du luxe a donc un intérêt stratégique à entreprendre des actions visant à consolider certaines activités sur le long terme soit en les intégrant ou quasi-intégrant au sein des groupes soit en renforçant des partenariats privilégiés fondés sur du long terme. En maintenant des réseaux denses de sous-traitants réalisant des biens et services de haute qualité, l'industrie du luxe contribue à l'entretien de capacités de mémoire et de transmission de savoirs et de savoir-faire traditionnels.

Elle permet le maintien à la fois dans le temps (mémorisation, transmission) et dans l'espace (territorialisation de ces savoirs qui sont très peu délocalisables).

L'excellence des professionnels à perpétuer via la formation

La pérennité de la filière du luxe est conditionnée par le maintien de l’excellence des professionnels qui y œuvrent, à tous les échelons des qualifications.

Dans ces conditions, la formation initiale et continue représente un enjeu de taille. Les voies d’accès aux différents métiers sont nombreuses : éducation nationale, écoles professionnelles de tous genres… qui proposent une multitude de diplômes de tous niveaux.

Cependant les formations manuelles non identifiées "luxe" sont, pour la plupart, peu attrayantes et les métiers, témoins vivants et modernes d’une tradition d’excellence, ne sont pas toujours bien connus des jeunes.